« Pourriez-vous me passer le sel ? » – Paracha Vayikra (Lévitique 1 :1-5 :26)
Il est un condiment incontournable dans nos recettes de cuisine, sans lui nos plats n’auraient aucune saveur et les aliments se conserveraient plus difficilement. Mis sur une plaie, il provoque d’affreuses douleurs. Vous l’avez reconnu, il s’agit du sel.
Si les propriétés du sel n’ont plus aucun secret pour nous, il en reste du moins qu’il a encore tant à nous apprendre concernant sa dimension spirituelle. Eh oui, à plusieurs reprises, la Torah parle du sel ! Que représente-t-il ? À quoi est-il comparé ? Quel message nous délivre-t-il ? Pour ce faire, lisons sans plus tarder le verset de notre paracha qui mentionne le sel et découvrons ce que le Seigneur veut nous enseigner.
Lecture
« Tu mettras du sel sur toutes tes offrandes; tu ne laisseras point ton offrande manquer de sel, signe de l’alliance de ton Dieu; sur toutes tes offrandes tu mettras du sel. » (Lévitique 2 :13)
Dans notre paracha, nous découvrons que le sel devait être mis sur tout type de korbanot (sacrifices), offrandes de farine comme offrandes d’animaux. Pourquoi mettre du sel à chaque offrande et que symbolise-t-il exactement dans la Torah ?
La proximité avec HaShem
Une première explication nous est fournie par le Midrach (1) suivant : « Le second jour de la Création, D.ieu sépara les eaux des cieux des eaux terrestres et plaça les unes dans les sphères supérieures et les autres, dans les sphères inférieures (Béréchit/Genèse 1 :7).
Les eaux terrestres se plaignirent d’être éloignées de D.ieu : elles aussi aspiraient à la proximité divine. Pour les consoler, D.ieu conclut avec elles une alliance leur promettant qu’elles auraient une compensation dans le service du Temple : le sel, qui provient de l’eau de la mer, accompagnera les sacrifices placés sur l’Autel.
Une question se pose : puisque le sel accompagnant les sacrifices soulage la tristesse des eaux inférieures, pourquoi ne pas verser de l’eau sur l’Autel avec chaque offrande également ? La réponse réside peut-être dans la façon dont on procède pour séparer le sel de l’eau de mer : l’eau, portée à ébullition en s’évaporant de façon naturelle, disparaît pour laisser le sel. Donc, même les eaux inférieures s’élèvent vers le ciel sous forme de vapeur d’eau, ne laissant que le sel, « condamné » à rester dans les sphères inférieures.
C’est pourquoi D.ieu ordonne de l’inclure dans toutes les offrandes de Son service. Cela nous sert de leçon dans la vie quotidienne. Tout croyant doit trouver un aspect spirituel à des actes en apparence banales, et pas seulement dans les activités les plus élevées de sa vie (R. Yaakov Kamenetsky). » (2)
Cette même interprétation se retrouve dans les commentaires qui sont rapportés au sujet du Téhilim/Psaume 137 :1 où nous lisons :
« Al naharot Bavel cham yachavenou gam bakhinou bézokhrénou eth Tsione »/« Sur les bords des fleuves de Babylone, Nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion. »
Les ‘Hakhamim (Sages) expliquent que les verbes « yachavenou (nous étions assis) » et « bakhinou (nous avons pleuré) » ne se rapportent pas au même sujet (sinon, le verset aurait dit « yachavenou vébakhinou »; et pas « yachavenou gam bakhinou »).
Grâce à cette particularité grammaticale, les Sages déduisent que ceux qui étaient assis, c’étaient les Bné Israël (enfants d’Israël); et celles qui ont pleuré, c’étaient les eaux d’en bas.
Elles pleuraient car, suite à la destruction du Beth Hamikdash (Temple) et au début de l’exil à Babylone, elles n’avaient plus le privilège que leur sel soit apporté avec chaque Korbane (offrande) au Temple. La proximité avec HaShem qu’elles pouvaient atteindre à cette occasion leur manquait par conséquent. (3)
Cette histoire nous enseigne que la seule véritable raison de s’attrister et le fait d’être loin d’HaShem.
Voilà une première raison qui explique que chaque offrande était accompagnée de sel. Poursuivons notre étude en approfondissant maintenant la symbolique du sel dans la Torah.
Les deux facettes du sel
Sur le verset de Vayikra/Lévitique 2 :13, le Ramban (4) explique que le sel produit deux effets : il a d’une part un pouvoir destructeur car il empêche les plantes de pousser (il a un effet corrosif sur de nombreuses substances) et d’autre part il se relève utile, car il conserve les aliments. Ceci nous enseigne que si on accomplit le service de l’Autel scrupuleusement et avec sincérité, il préserve Israël. Si on le néglige, il apporte la destruction et l’exil.
Rav S.R. Hirsh poursuit cette idée et précise que le sel symbolise l’alliance immuable de D.ieu car il conserve ce qui existe et ralentit la décomposition. D’ailleurs certaines communautés, quand elles comptent le O’mer de Pessah’ jusqu’à Chavouot, tiennent dans leurs mains un sachet de sel. Pourquoi? Le Ari zal (5) écrit que ces jours-là sont des jours où une certaine rigueur règne dans le monde et il faut donc se protéger. Le sel est le symbole de ce qui protège et conserve.
La Torah ou l’alliance de sel
À plusieurs reprises, nous trouvons dans les Saintes Écritures une alliance appelée « alliance de sel ».
« Tous les prélèvements sur les choses saintes que les enfants d’Israël prélèvent à HaShem, je te les ai donnés ainsi qu’à tes fils et à tes filles avec toi, en lot éternel ; c’est une alliance de sel éternelle devant HaShem, pour toi et ta postérité avec toi. » (Bamidbar/Nombres 18 :19)
« Ne devez-vous pas savoir que l’Eternel, le Dieu d’Israël, a donné pour toujours à David la royauté sur Israël, à lui et à ses fils, par une alliance de sel? » (2 Chroniques 13)
Le sel, parce qu’il ne se gâte jamais, symbolise ce qui est inaltérable.
D.ieu affirme ainsi aux Cohanim (prêtrise) et à David (royauté) que Son alliance avec eux, comme si elle avait été scellée avec du sel, est éternelle (Rachi).
La Michna (Pirké Avot) enseigne que si un homme se met à table pour manger du pain, il doit veiller à l’accompagner de sel qui fait allusion aux paroles de la Torah.
La Torah que l’on va recevoir est éternelle, et ce qui symbolise le mieux cette éternité est le sel. En effet, comme nous venons de le voir, le sel conserve la pureté en empêchant ainsi la corruption.
La Torah, en tant que contenu de l’alliance entre D.ieu et Son peuple, représente le sel dont doivent être salés les adorateurs d’HaShem afin d’éviter toute dissolution, toute altération.
Les Sages d’Israël relatent une histoire qui nous permet de mieux comprendre l’association du sel à la Torah : « Les sages d’Athènes posèrent une énigme à Rabbi Yéhochoua’ Bèn ‘Hananiya :
– Quand le sel se décompose, comment le conservez-vous ?
Rabbi Yéhochoua’ répondit :
– Avec du placenta de mule.
Les Athéniens furent déconcertés. Le mulet, qui est le résultat du croisement d’un âne et d’une jument, malgré toutes ses qualités, est une nouvelle créature de la nature qui reste stérile ! La mule étant stérile, elle n’a donc pas de placenta ! Les Sages d’Athènes défiaient Rabbi Yéhochoua’ en clamant :
– La Torah, le sel qui a conservé le peuple juif à travers son histoire mouvementée, ne peut plus durer ! A l’ère de l’hellénisme, la Torah ne peut soutenir la comparaison ! Votre sel est en train de se décomposer.
– Vous ne voulez certainement pas dire que vous nous suggérez de renoncer au Judaïsme, répondit Rabbi Yéhochoua’. Vos armées, vos exécutions, la famine et la peste n’ont pas réussi à nous rendre lâches. Le sophisme ne pourrait espérer gagner. Manifestement, vous proposez que nous vivifions le Judaïsme avec une addition d’hellénisme ; que nous modernisions avec un vernis la vie selon la Torah, désuète à vos yeux. » (6)
En réalité, même si au premier abord la réponse de Rabbi Yéhochoua’ Bèn ‘Hananiya semble être à la hauteur de la question, c’est-à-dire absurde, elle se charge de sens lorsqu’on l’étudie plus profondément.
En effet, le mulet est une créature qui naît à partir d’un croisement de deux espèces différentes : une jument et un âne. De plus, cet hybride présente une lacune biologique : il est stérile. Il ne peut donc donner naissance à une seconde génération.
Ceci nous enseigne que si nous faisions des changements en mêlant la Torah – d’origine divine, donc parfaite et éternelle – avec des pratiques et des concepts étrangers à la Saine Doctrine – fruits de l’intellect humain, donc fragiles et temporels – nous fabriquerions philosophiquement et théologiquement parlant, un mulet. Autrement dit, le résultat en serait une génération stérile qui ne donnerait pas naissance à une autre génération de Juifs et non Juifs chérissant la Torah.
Tout comme le sel, la Torah ne peut s’altérer, elle est immuable. D.ieu étant le même hier, aujourd’hui et éternellement (Malachie 3 :6).
Le sel dans la B’rit ‘Hadacha (l’Alliance Renouvelée)
Toute doctrine, se recommandant ou non du judaïsme, qui tendrait à mélanger la Torah à d’autres philosophies humaines, si belles soient-elles, ne serait qu’un leurre, une illusion d’êtres humains se dessalant fatalement.
Ces derniers seraient donc caducs et voués à la disparition, comme nous l’enseignent les paroles mêmes de notre Seigneur et Sauveur Yéshoua :
« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.
Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 5 : 13-16).
Le mot grec « saveur/moraino » vient d’une racine « moros » qui signifie « insensé, folie, fou » ou bien encore « impie, sans Dieu ».
L’impie est celui qui profane la Torah et n’enseigne pas la vérité de la Parole :
« Car l’homme vil dira des choses viles, et son cœur commettra l’iniquité [transgression de la Torah] pour pratiquer l’impiété et pour dire l’erreur contre l’Eternel, pour rendre vide l’âme qui a faim et ôter la boisson à celui qui a soif. » (Esaïe 32:6)
Si la Parole annoncée ne remplit pas les âmes des brebis, c’est que le sel a perdu sa saveur. En d’autres termes, la Torah n’est pas annoncée et pratiquée.
Il est intéressant de poursuivre la lecture de Matthieu 5 et de voir que Yéshoua, après avoir parlé du sel de la terre, continue Son discours en nous parlant de la Torah, le sel et la Torah étant intrinsèquement liés : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi [Torah] ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » (5 :17)
En conclusion, le sel est le plus efficace des conservateurs, et ainsi il préserve notre proximité à HaShem. Ce n’est certainement pas un hasard si aujourd’hui encore le sel entre, avec le pain, dans le rituel d’accueil en Israël. Le maire de Jérusalem accueille à l’entrée de la ville les visiteurs de marque en leur offrant du pain et du sel. « Manger le sel de quelqu’un » c’est être attaché à sa maison et « manger le sel avec quelqu’un » c’est faire un pacte avec lui, ce pacte est appelé « pacte de sel ». Ainsi, les Korbanot (sacrifices), qui devaient être saupoudrés de sel, permettaient de se rapprocher d’HaShem, de s’attacher à « Sa maison » et d’accepter le pacte qu’Il nous a donné au travers de Sa Torah. Yéshoua étant LE korbane par excellence qui nous permet de vivre cette proximité avec HaShem nous a demandé d’être le sel de cette terre, autrement dit, de ne pas oublier le pacte de sel, à savoir la Torah qui est LE manuel de vie qui nous rapproche du Créateur. À notre tour, devenons le sel de la terre en mettant en pratique la Torah, comme le Messie Yéshoua nous l’a enseigné !
Sim’ha
Sources utilisées pour cette étude et notes :
1. Commentaires allégoriques juifs sur des histoires bibliques.
2. Houmach édition Edmond J. Safra.
3. http://www.espacetorah.com/video_type/vayikra-une-alliance-avec-le-sel-et-leau/
4. Rabbin espagnol du XIIIe siècle qui a profondément marqué le Judaïsme.
5. Its’hak Louria, grand rabbin et kabbaliste du XVIe siècle.
6. Na’halat Shlomo, « Le Sel peut-il s’altérer ? La philosophie des Grecs et la Torah »
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