Qui était la reine Esther?

par | Mar 9, 2022 | 2 commentaires

Question 

 

Shalom,

À l’approche de la fête de Pourim, pourriez-vous nous en dire plus sur la reine Esther ? Quelles étaient ses caractéristiques ? Que nous apprennent les Sages d’Israël à son sujet ? Merci par avance pour votre réponse !

 

Réponse

 

Shalom,

À l’approche de la fête de Pourim, c’est en effet l’occasion de dégoter quelques belles perles concernant cette héroïne emblématique du Tanakh (Bible hébraïque, « Ancien Testament ») qui sauva le peuple juif des mains de son ennemi au temps d’Assuérus II (357 av. J.-C.). Il y a une multitude de choses extraordinaires à découvrir sur la reine Esther. Partons à la découverte de quelques-unes d’entre elles ! 

 

1. Ses deux prénoms

Le prénom d’origine de la reine Esther était « Hadassah », provenant du mot « hadass » en hébreu qui signifie « myrte ». Le myrte est un arbuste aux feuilles d’un vert très vif, donnant des fruits noirs semblables à de petites olives, il mesure entre 1 et 3 mètres de haut et provient du bassin méditerranéen. Les Sages nous enseignent que la reine Esther était ainsi nommée pour diverses raisons (1): 

1. Elle avait un teint olivâtre comme une feuille de myrte. Loin d’être une critique peu flatteuse, les commentaires bibliques en donnent la raison suivante : de manière générale, les feuilles des arbres verdissent en été et perdent leur couleur en hiver, finissant par tomber, mais le myrte reste vert toute l’année. Ainsi, faut-il voir, au travers de cette comparaison, la fraîcheur et la grâce que présentait la reine Esther. 

2. Elle n’était ni grande ni petite, mais de taille moyenne comme un myrte.

3. De même que le myrte a une bonne odeur mais un goût amer, de même Esther fut douce pour Mordékhaï (son oncle) et son peuple, mais amère pour Haman, le méchant.

4. Selon la pensée « torahique », les justes sont appelés « hadassim »/« myrtes », comme il est dit en Zacharie 1 :8 : « Et il [l’ange de l’Éternel] se tenait parmi les myrtes (= les justes, les prophètes de D.ieu) ». 

Le rabbin Shmuel Eliezer Edels explique que puisque « l’homme est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne se flétrit point » (Psaume 1 : 3), les justes sont appelés « myrtes », car tout comme cet arbuste qui possède une douce odeur et dont les feuilles ne dessèchent point, ils sont semblables à un bon arbre diffusant un parfum agréable (= les bonnes œuvres).

 

Pour continuer sur la symbolique de ce prénom, il est intéressant de noter le rajout de la lettre « ה » / «  » à la fin du mot « hadass » (myrte) pour former le prénom « Hadassah ». Le «  ה » / «  » fait partie du Nom Divin (יהוה/YHWH) et symbolise « le souffle, l’esprit, l’existence ». 

Tout comme notre première Matriarche, Saraï, qui reçut un «  » à son prénom (Sarah) avant de pouvoir « engendrer, faire exister » son fils, Yits’aak (Isaac), le  que reçut Hadassah permit au peuple juif de vivre une sorte de « réengendrement », de renaissance.

En effet, la reine Esther put annuler le sort qui avait été jeté sur les enfants d’Israël, leur permettant ainsi de prendre un nouveau départ, « un nouveau souffle » qui les amena à quitter l’exil babylonien et à retourner à Jérusalem pour y reconstruire le Saint Temple. 

 

Quelles richesses peuvent se cacher derrière un prénom !

 

Le deuxième prénom de notre héroïne juive est celui d’Esther. « Esther » provient du mot perse « stareh » qui signifie « étoile », qui en français, a donné naissance au mot « astre ». Selon le Targum (2), on l’appelait ainsi car la reine Esther était aussi belle que « l’astre de la nuit », c’est-à-dire, la lune. Rabbi Ne’hemya rajoute qu’en réalité ce sont les nations qui lui ont attribué ce prénom en pensant à la beauté éclatante de leur déesse païenne, Isthar/lune (3). 

En effet, la reine Esther était dotée d’une incroyable beauté. Elle faisait partie, enseignent les Sages, des quatre femmes les plus belles de l’Histoire (Sarah, Rahab, Abigail et Esther) (4). Et pourtant, Hadassah refusa de participer au concours qu’avait organisé le roi Assuérus pour trouver une nouvelle reine.

Il est raconté que durant quatre ans, elle se cacha afin de fuir la sélection de jeunes femmes prétendant au titre de reine de Perse. Alors que toutes les jeunes filles du royaume se pressaient pour ne pas rater cette grande opportunité, Hadassah, elle, s’éclipsait. Toutefois, Mordékhaï réussit à convaincre sa nièce d’y participer, suite à la promulgation du décret royal ordonnant la mise à mort de toute personne refusant de présenter sa fille au concours. Le texte nous dit qu’« elle fut prise » (Esther 2 :8), autrement dit, elle fut choisie contre sa volonté pour remplacer la reine Vasthi. 

Parfois, nous ne comprenons pas pourquoi HaShem (D.ieu) permet telle ou telle situation dans notre vie alors que nous faisons tout pour la fuir…mais le Saint Béni Soit-Il sait ce qu’Il fait. De l’histoire d’Esther, Rachi (célèbre rabbin et commentateur de la Torah du XIe siècle) nous fait remarquer une leçon fondamentale : D.ieu prépare toujours le remède avant d’envoyer l’affliction. En effet, Hadassah, qui n’avait rien demandé, fut érigée au rang de reine contre son gré pour une raison que seul le Maitre du Monde savait : elle allait sauver le peuple élu du joug qui l’attendait. 

Enfin, ce n’est pas sans raison que la signification du prénom « Esther » en hébreu, provient de la racine « satar » qui signifie « caché ». Nous venons de le voir, Hadassah est restée cachée durant quatre ans pour ne pas être élue comme future reine du royaume. Mais c’était sans compter sur la Providence Divine qui en avait décidé autrement…une fois reine, Esther devait cacher ses origines juives jusqu’au temps voulu par D.ieu. Le fait que l’Éternel ait permis qu’une jeune fille juive épouse un roi païen est en soi un mystère. Elle avait un rôle bien particulier, comme nous allons le développer ci-dessous. 

 

2. Un korban (sacrifice) pour le peuple juif

 

Lorsqu’on lit l’histoire d’Esther, nous découvrons qu’elle apparaît comme un korban (sacrifice) offert pour le salut du peuple juif. En effet, grâce à son courage, elle permit de libérer les juifs du terrible joug qui pesait sur leur tête (suite au décret promulgué par Haman, désireux d’exterminer tout le peuple d’Israël).

Dans ce point, nous allons établir quelques parallèles assez frappants avec Notre Messie Yéshoua, qui à plus grande échelle encore, est Notre Korban (sacrifice) à tous.

 

– « Mon D.ieu, mon D.ieu, Pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Le texte du Midrach (5) raconte qu’Esther, arrivée devant la porte du palais, se sentant abandonnée par l’Esprit Saint, s’exclama ainsi : 

« Mon D.ieu, mon D.ieu, pourquoi m’as-Tu abandonnée ? Pourquoi as-Tu changé l’ordre du monde et l’ordre des mères juives contre moi ? Quand Sarah fut emmenée captive par Pharaon pendant une nuit, lui et sa maison furent punis. Moi, j’ai été mise dans les bras de cet homme malfaisant pendant de si nombreuses années et aucun miracle ne m’a aidée. Les femmes juives ont trois commandements particuliers (6) et je les observe même ici. Pourquoi m’as-Tu abandonnée? » (7)

Cette prière émanant du cœur, tirée du Psaume 22 :2 du roi David, sera reprise environ quatre siècles plus tard par Celui qui aura donné Sa vie pour sauver celle des autres…En effet, quelques instants avant Sa mort, Yéshoua, Notre Messie, fit la même intercession et s’écria d’une voix forte : « Eli, Eli, lama sabachthani? c’est-à-dire: Mon D.ieu, mon D.ieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Matthieu 27 :46)

 

Plus fascinant encore, nous pouvons comparer les interprétations rabbiniques et christologiques concernant le Psaume 22 et découvrir que la reine Esther et le Christ ont vécu des événements très similaires.  

 

Versets du Psaume 22 Interprétation rabbinique Interprétation chrétienne

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (v.1)

Esther qui adresse une prière de supplication à l’Éternel avant d’aller voir Assuérus.

Yéshoua qui crie à l’Éternel lors de Sa crucifixion. 

– « De nombreux taureaux sont autour de moi, des taureaux de Basan m’environnent »  (v.12)

 

– « Ils ouvrent contre moi leur gueule, semblable au lion qui déchire et rugit » (v.13)

 

– « des chiens m’environnent » (v.16)

Ces animaux représentent Assuérus, ses gardes et les fils d’Haman, les ennemis de la reine Esther et du peuple juif. 

Ces animaux représentent les ennemis du Christ, ceux qui désiraient le tuer (les Romains et certains juifs).

« Ils ont percé mes mains et mes pieds »  (v.16)

Esther aurait proclamé : « mes pieds et mes mains, ils les ont rendus ingrats »  Représente la crucifixion du Christ
« la langue s’attache à mon palais » (v.15)

Expression rabbinique utilisée pour signifier l’impossibilité d’étudier la Torah.

 

Dans notre contexte, il s’agirait plus de la difficulté qu’éprouve la reine Esther à aller parler au roi. 

Représente la soif du Christ. Arrivés à Golgotha, les soldats firent boire à Yéshoua du vin mêlé de fiel. 

(Matthieu 27 :33)

 

« Ils se partagent mes vêtements et tirent au sort ma tunique » (v.18) La Tradition juive enseigne qu’avant d’aller voir le roi Assuérus, la reine Esther aurait été dépouillée par ses servantes. 

Après l’avoir crucifié, les soldats romains se partagèrent les vêtements de Yéshoua en les tirant au sort (Jean 19 :24, Matthieu 27 :35). 

 

Ces deux manières différentes d’interpréter ce Psaume, nous permettent de saisir le rôle qu’a joué la reine Esther qui apparaît alors comme une figure messianique, prête à donner sa vie, elle représente ce korban (sacrifice) qui permit la délivrance du peuple juif et la destruction d’Haman (l’ennemi d’Israël). Elle demande à D.ieu d’intervenir en faveur de son peuple menacé, tout comme Yéshoua qui intercéda auprès du Père pour la rédemption de l’Humanité. 

 

3.  De la tribu de Benjamin 

 

Terminons notre étude sur la reine Esther en parlant de ses origines. Très jeune, Hadassah devint orpheline. Son oncle, Mordékhaï, qui était aussi le grand en Torah de sa génération, l’adopta (Esther 2 :5-7). Les Sages nous révèlent qu’Hadassah appartenait à la tribu de Benyamin/Benjamin (tout comme son oncle Mordékhaï (Esther 2 :5)). 

 

En quoi est-ce important ? 

 

Pour le comprendre, nous devons à présent parler d’Haman, le méchant de l’histoire. Haman était un des conseillers du roi. Il était descendant d’Agag, comme il est dit :

« Après ces choses, le roi Assuérus agrandit Haman, fils d’Hammedatha, l’Agaguite, et l’éleva, et plaça son siège au–dessus de tous les princes qui étaient avec lui. » (Esther 3:1)

Agag, de son côté, était le dernier roi des Amalécites (Amalécites = descendants d’Amalek)/ (1 Samuel 15:8). 

Haman était donc un descendant d’Agag, roi d’Amalek, lui-même descendant d’Ésav (Esaü). Amalek n’eut aucune crainte à attaquer les Hébreux dans le désert alors que toutes les nations alentours craignaient le peuple élu de D.ieu. Amalek symbolise les forces du mal qui cherchent à éteindre la lumière d’Israël. 

Or, rappelons-nous, Benyamin a été le seul des enfants de Yaakov (Jacob) qui ne s’est pas prosterné devant Ésav. En effet, au moment des retrouvailles entre les deux frères, Yaakov et sa famille se prosternèrent sept fois devant Ésav (Genèse 33 :3). Or, Benyamin qui n’était pas encore né, ne put donc fléchir le genou devant son oncle. D’un point de vue spirituel, ceci permet aux descendants de la tribu de Benyamin de pouvoir vaincre les descendants d’Ésav.  

Ainsi, la reine Esther, descendante de la tribu de Benyamin, était une bonne candidate à pouvoir faire tomber Haman, descendant d’Ésav. Elle vint réparer ce que son aïeul, le roi Chaoul (Saül), lui-même de la tribu de Benyamin, ne parvint pas à faire : tuer le roi d’Amalek, Agag, comme nous le lisons :

« Et Saül prit vivant Agag, roi d’Amalek, et détruisit entièrement tout le peuple par le tranchant de l’épée. Mais Saül et le peuple épargnèrent Agag. » (1 Samuel 15:8-9)

Agag engendra par la suite Haman, l’ennemi du peuple d’Israël. C’est à Esther que revint le rôle de réparer l’erreur de son ancêtre, c’est par son mérite et son courage qu’Haman et ses fils furent pendus.

 

Conclusion

 

Quelles merveilles nous font découvrir les commentateurs de la Torah ! Nous voyons que chaque mot, chaque détail du texte biblique a sa place et nous transmet un message. Ainsi, les deux prénoms de notre héroïne n’ont pas été choisis au hasard, ils révèlent les caractéristiques de celle qui fut élevée au rang de reine contre son gré : belle, gracieuse, douce, juste, courageuse…

Hadassah a été l’instrument que D.ieu choisit pour sauver Son peuple. Elle est une préfigure du Messie, venant corriger les erreurs de ses ancêtres. Pleine de force et de modestie, la reine Esther va permettre le retour d’exil et la reconstruction du Temple de Jérusalem. 

Sa vie, ses actes nous témoignent de la grandeur de sa personnalité. La reine Esther n’a pas craint de vivre parmi les païens et de montrer l’exemple de la façon dont un enfant de D.ieu doit se comporter, en étant fier de son héritage et en acceptant avec une grande foi la mission divine qui incombe à chacun. 

 

Que son exemple puisse nous inspirer dans notre vie de tous les jours !

 

Bien à vous,

 

Sim’ha

Sources utilisées pour cette étude et notes :

Rav Yehonathan GEFEN, « Personnage du Tanakh – Esther : l’ultime sacrifice de soi », site Torah-Box.

Chana Raizel ZAKLIKOWSKI, « Que signifie le nom Hadassah ? », site Chabad.

STENER, Christophe, Le livre d’Esther : une exégèse en images.

 

  1. Méguilla 13a.
  2. Traduction de la Bible en araméen. 
  3. Meguilla 13a
  4. Idem
  5. Commentaire rabbinique de la Bible.
  6. Prélèvement de la ‘Halla, allumage des bougies et pureté familiale. 
  7. Midrach Cho’her To 22,26 cité dans Esther Rabbi Nosson Scherman Artscroll.

 

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2 Commentaires

  1. Deogratias

    Merci Sim’ha pour ces belles perles concernant la reine Esther!
    La signification de ses deux prénoms, les interprétations rabbiniques et christologiques concernant le Psaume 22, son rôle de réparer l’erreur du roi Chaoul (Saül) de leur tribu de Benyamin!

    Ô Eternel, “Merci pour la leçon que Pourim nous enseigne que Tu es toujours à l’œuvre, même quand nous ne le percevons pas. (Esther 6:1-2).
    Tes voies sont définitivement plus élevées que les nôtres, car Toi seul pouvais faire en sorte qu’une vierge de nationalité juive épouse un roi païen afin de préserver Ton peuple qui a choisi l’exil plutôt qu’Israël. (Psaume 77 :19 ; Isaïe 55 :8-9). (IFI(Intercessors for Israel)/11-03-2022)

    A tous, ‘Hag Pourim Samea’h ! (Joyeuse fête de Pourim!)
    Deogratias

    Réponse
    • Sim'ha

      Merci beaucoup Deogratias pour ta fidélité dans les commentaires. Cela est toujours un plaisir!

      Réponse

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