La femme peut-elle prendre la parole au sein d’une assemblée ? (Partie 1)

par | Fév 27, 2024 | 3 commentaires

l'enseignement et la prise de parole de la femme dans une assemblée de croyants

Cette question mérite une réponse détaillée, car les deux passages sur lesquels nous allons nous appuyer (1 Corinthiens 14 :34-35 et 1 Timothée 2 : 11-15) présentent leur part de difficulté d’interprétation.

En effet, depuis plus de 2000 ans, de nombreux théologiens, érudits et commentateurs bibliques se sont penchés sur la question et ont fourni divers arguments, certains plus convaincants que d’autres.

Il serait tout à fait arrogant et malhonnête de ma part de prétendre avoir trouvé le « scoop » ou « la réponse absolue » à cette question. Néanmoins, j’ai trouvé pertinent d’approfondir le sujet et de vous partager les arguments qui m’ont parus les plus appropriés, les plus probants et qui constituent mon avis personnel concernant la parole des femmes dans les assemblées. 

Pour que cette étude soit la plus complète possible, nous l’ aborderons en deux parties en tenant compte à chaque fois des plans culturel, contextuel ainsi que sémantique (= étude approfondie de la signification d’un mot). 

–       La première partie (que vous lisez en ce moment) se concentrera principalement sur le passage de 1 Corinthiens 14:34-35 qui traite principalement, comme nous le verrons, de la question de la prophétie au sein des premières assemblées. À premier abord, ces versets semblent demander aux femmes de se taire lors des réunions fraternelles. La question donc qui en résulte et à laquelle nous tâcherons de répondre est la suivante : Est-il permis à la gent féminine de parler au sein de l’assemblée ou doit-elle garder le silence ?

–       La deuxième partie de l’étude (qui sera publiée dans un autre article) approfondira le passage de 1 Timothée 2 :11-15 où il est question, cette fois-ci, de l’enseignement des femmes. Ces dernières peuvent-elles ou non enseigner les Saintes Écritures aux fidèles d’une congrégation (composée à la fois d’hommes et de femmes) ou est-ce un rôle exclusivement réservé aux hommes ?

 

1. I Corinthiens 14:34-35

« Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. 35 Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. » (version Louis Segond 1910)

1.2 Contexte 

 

La première épître aux Corinthiens a été écrite par Shaoul de Tarse (l’apôtre Paul), vers l’an 55 après la mort de Yéchoua (Jésus) pour instruire l’assemblée de Corinthe (cité grecque) sur la bonne conduite à avoir lorsque les fidèles célébraient et louaient ensemble l’Éternel.

Cette assemblée, composée à la fois de croyants juifs et non juifs, avait été fondée par l’apôtre en personne, quelques années auparavant. Ce qui apparaît fortement dans cette épître, ce sont les nombreux problèmes éthiques et disciplinaires de l’assemblée de Corinthe, comme le résume assez bien l’Abbé Crampon (1), dans son introduction à l’épître aux Corinthiens : 

« Mais cet enfant [assemblée de Corinthe] était grec et il gardait les penchants et le tempérament de sa race. L’esprit de querelle avait fait naître des factions et chacune arborant pour drapeau le nom d’un prédicateur de l’Évangile, comme autrefois, dans les républiques de la Grèce, on se groupait autour de quelques orateurs populaires. […] Chacun aimait à étaler dans les assemblées religieuses, les dons spirituels qu’il croyait avoir […]. » (2)

Une simple lecture de l’épître aux Corinthiens nous démontre, en effet, la multitude des problèmes présents à Corinthe, parmi lesquels nous pouvons citer :

L’orgueil et la vantardise (certains se vantaient de leurs propres dons, se croyaient sages, puissants et fiers d’être spirituels, voir 1 Corinthiens 1 :26-31 ; 3-18 ; 4 :6-8 ; 4 :18 ; 5 :2 ; 14 :37) ;

Le favoritisme (certains mettaient en avant leur enseignant préféré et leur éloquence au-dessus des autres, voir 1 Corinthiens 3 :4 et 18-23 ; 4 :6-7) ;

Les pratiques immorales (d’autres encore se livraient à des relations inappropriées, voir 1 Corinthiens 5 :1-2 ; 11-12, 6 :1-2, 11 :20-22). 

Bien que les problèmes énumérés ci-dessus ne soient pas exhaustifs, ils suffisent pour nous convaincre que l’assemblée de Corinthe nageait dans un torrent de problèmes en tous genres. 

En tenant compte du contexte qui vient d’être présenté, nous pouvons alors comprendre pourquoi Paul ressent le besoin de recadrer certaines pratiques au sein de l’assemblée de Corinthe.

Tout au long de son épître, Shaoul (l’apôtre Paul) recommande aux Corinthiens que tout ce qui se fait au sein de la communauté doit être fait pour le bien de l’ensemble, en particulier pour l’édification commune, c’est-à-dire la construction et l’élévation spirituelle de l’assemblée : « Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l’édification. » (1 Corinthiens 14 :26). 

La meilleure façon de s’édifier les uns les autres, c’est d’y faire régner l’ordre. C’est d’ailleurs ce que Paul cherche à faire tout au long de sa lettre : il recadre l’assemblée de Corinthe où régnait un certain désordre au moment des réunions fraternelles. Gardons cela à l’esprit pour mieux comprendre la suite de cette étude. 

Il est essentiel à présent de lire les quelques versets qui précèdent notre passage sur les femmes de Corinthe afin de comprendre le contexte dans lequel Paul s’exprime.

Juste avant de parler des femmes, l’apôtre prodigue aux frères et sœurs de Corinthe quelques conseils au sujet des dons du « parler en langue » et de « prophétie » :

« En est-il qui parlent en langue, que deux ou trois au plus parlent, chacun à son tour, et que quelqu’un interprète;

28 s’il n’y a point d’interprète, qu’on se taise dans l’Église, et qu’on parle à soi-même et à Dieu.

29 Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent;

30 et si un autre qui est assis a une révélation, que le premier se taise.

31 Car vous pouvez tous prophétiser successivement, afin que tous soient instruits et que tous soient exhortés. 

32 Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes;

33 car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints. » (1 Corinthiens 14 :27-32)

Paul donne ici quelques conseils afin que les frères et sœurs de Corinthe parviennent à avoir de l’ordre dans leur culte, il rappelle en effet que : « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints ». Ainsi, il leur recommande d’avoir un interprète lorsque quelqu’un parle une langue étrangère, de s’écouter les uns les autres et de ne pas parler tous en même temps, mais chacun son tour. 

Immédiatement après avoir donné ses directives concernant les dons des langues étrangères et celui de prophétie, l’apôtre Paul poursuit son discours avec les versets qui nous intéressent concernant la gent féminine : 

« Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi.

35 Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. » (1 Corinthiens 14 :34-35)

L’enchaînement de ces versets n’est pas anodin et nous permet d’établir l’hypothèse suivante (que nous développerons au fil des points) : l’ordre de Paul demandant aux femmes de Corinthe de se taire dans les assemblées aurait un lien avec la pratique du « don de prophétie ».

Avant de développer cela, il est important de préciser en quoi consiste le « don de prophétie » dans l’Alliance Renouvelée (« Nouveau Testament ») afin de mieux comprendre la suite de notre étude. 

1.2 Le don de prophétie dans le « Nouveau Testament »

 

Après avoir pris en considération le contexte historique de l’assemblée de Corinthe et avoir compris qu’il s’agissait pour Paul de remettre essentiellement de l’ordre, penchons-nous, brièvement, sur le sujet du don de prophétie afin de bien comprendre la suite de notre étude.

Sans rentrer dans les détails (car ce n’est pas le sujet de ce partage), il est essentiel de comprendre que la prophétie pratiquée dans le Tanakh (Bible hébraïque ou « Ancien Testament ») par des prophètes tels que Samuel, Jérémie ou bien encore Ésaïe diffère absolument de la prophétie apostolique, celle que l’on retrouve dans les écrits de la B’rit ‘Hadasha (Alliance renouvelée ou « Nouveau Testament »). 

En effet, dans le Tanakh, le prophète est le porte-parole de D.ieu. Autrement dit, D.ieu met Ses paroles dans la bouche du prophète qui parle ensuite au peuple. De ce fait, si c’était un vrai prophète, les paroles qu’il prononçait devaient être conformes à ce que la Torah promulgue et elles devaient être perçues comme les paroles-mêmes de D.ieu, comme si le Saint Béni soit-Il s’adressait directement et personnellement au peuple.

Les Sages d’Israël enseignent que depuis la destruction du Second Temple (en l’an 70 de notre ère), la prophétie, telle que pratiquée par les prophètes du Tanakh, a cessé : « À la fin des derniers prophètes bibliques, la prophétie s’est retirée d’Israël. » (Talmud, Sanhédrin 11, a ; Baba Batra 12)

Si ces affirmations sont vraies, alors comment comprendre la pratique du don de prophétie dans la B’rit ‘Hadacha (« Alliance Renouvelée ») ? 

Le terme grec que l’on retrouve dans le « Nouveau Testament » pour parler de la « prophétie » est « prophéteia ». Selon le système de Concordance Strong, ce terme signifie « avoir le don de communiquer et d’appliquer la vérité révélée » (Strong 4394). Il s’agit donc de proclamer, d’annoncer, de déclarer, ou bien encore de faire connaître la Volonté Divine, pour influer sur les autres. 

Beaucoup comprennent à tort le don de prophétie comme étant uniquement l’aptitude à prédire l’avenir, même s’il est vrai que les prédictions peuvent découler de ce don, ce n’est pas l’aspect primordial. En effet, comme le précise l’érudit biblique et auteur, Spiros Zodhiates, dans l’un de ses commentaires sur le « Nouveau-Testament » : « Il ne faut pas confondre les différents sens du mot « prophétiser ». Dans l’usage moderne, il signifie presque toujours la prédiction d’événements futurs ; tandis que dans l’usage scripturaire, bien qu’il puisse avoir cette signification, il signifie plus généralement prêcher […]. » (3)

Le don de prophétie, tel que pratiqué au sein des premières assemblées messianiques, se caractérise donc par le fait d’avoir une certaine aisance à communiquer des vérités bibliques ou des passages de la Bible utiles et urgents que D.ieu met à cœur dans des situations précises. D’autre part, ce don peut aussi être utilisé pour édifier, encourager et réconforter des personnes étant dans le besoin, en se servant de la Parole Divine.

Yéchoua (Jésus) est appelé « Souverain Prophète et Docteur de la Loi » car c’est lui qui nous a pleinement révélé le conseil secret et la volonté de D.ieu pour notre rédemption (Catéchisme de Heidelberg, réponse 31). 

Ainsi, la prophétie pratiquée dans les premières assemblées impliquait le partage d’impressions et de pensées qui étaient suscitées dans le cœur et l’esprit d’une personne, mais qui n’étaient pas données comme étant les paroles-mêmes du Seigneur. Autrement dit, les prophètes qui exerçaient leur ministère dans les assemblées du temps des apôtres n’étaient pas les porte-paroles de D.ieu, au même titre que les prophètes du Tanakh avant eux comme Samuel, Jérémie, Ésaïe, etc.

Le don de prophétie qui s’en est suivi s’apparentait (et s’apparente encore aujourd’hui) davantage à l’enseignement, la proclamation de la Parole de D.ieu au travers d’interventions, d’exhortations, ou bien encore sous forme de questions, ceci afin de permettre l’avancée commune de l’apprentissage des Saintes Écritures. 

Avec ces nouvelles clés en mains, nous commençons gentiment à percevoir les propos de l’apôtre Paul dans son épître aux Corinthiens. L’apôtre demande que les paroles des prophètes, exerçant dans les premières communautés messianiques, devaient être jugées ou passées au crible par les autres fidèles. C’est ce qu’il recommande lorsqu’il dit : « Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent » (1 Corinthiens 14 :29) ou bien encore en 1 Thessaloniciens 5 : 20-21 : « Ne méprisez pas les prophéties. Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon. ». 

En d’autres termes, lorsque quelqu’un commençait à « prophétiser », c’est-à-dire à partager/diffuser une pensée biblique, les autres devaient examiner avec attention ce qu’il disait afin de juger si ce qu’il disait était conforme aux Saintes Écritures (la Torah). 

Après avoir expliqué en quoi consiste le don de prophétie, nous pouvons nous poser à présent la question s’il était permis à une femme de prophétiser au sein des assemblées ? La réponse est OUI (mais avec certaines conditions, comme nous allons le voir) ! 

En 1 Corinthiens 11 :5-6, l’apôtre Paul autorise la femme à prophétiser, en ayant toutefois la tête couverte : « Si une femme prie ou prophétise la tête non couverte, elle outrage son chef à elle […] qu’elle se couvre donc la tête. » (Si le sujet du port du voile vous intéresse, cliquez sur ce lien : Le port du voile selon la Bible).

S’il est demandé aux femmes de prier ou de prophétiser la tête voilée, on en déduit donc qu’elles étaient bel et bien autorisées à prendre la parole au sein de la communauté ! 

Nous nous heurtons donc à une apparente contradiction : Pourquoi l’apôtre Paul interdirait-il aux femmes de parler au sein des assemblées (1 Corinthiens 14 :34-35) alors que trois chapitres plus tôt, il donne des instructions sur la manière dont les femmes doivent prophétiser et prier dans les réunions publiques au sein de l’assemblée (1 Corinthiens 11 :5-6) !? Que penser ? L’apôtre Paul se contredit-il ? Les femmes peuvent-elles ou non parler au sein des assemblées ? 

C’est ce que nous essaierons de comprendre au point suivant à l’aide de quelques preuves archéologiques et de textes anciens concernant la place des femmes dans les synagogues du Ier siècle. Gardons en tête que Shaoul de Tarse (l’apôtre Paul) prenait pour modèle les lieux qu’il avait l’habitude de fréquenter en tant que bon juif, à savoir les maisons d’études (« Beit Midrach ») et les synagogues, modèles qu’il essayait ensuite d’appliquer dans la nouvelle configuration des premières « assemblées messianiques ».

 

1.3 La place des femmes dans les synagogues du Ier siècle

Les sources historiques démontrent que durant le premier siècle, les femmes assistaient à l’office de la synagogue en étant assises à côté de leur mari (ou parents, si elles n’étaient pas encore mariées). La synagogue servait de lieu d’étude, de culte et de rassemblement communautaire (4).

En Actes 15 :21, nous apprenons que « les livres de Moïse » (à savoir les cinq premiers livres de la Torah allant de Genèse à Deutéronome) ainsi que les livres des prophètes y étaient habituellement lus et interprétés chaque Chabbat. Autrement dit, on y enseignait les commandements de D.ieu :

« Dans les synagogues du premier siècle, un sermon suivait la lecture de l’Écriture. Cette exposition des Écritures était plus une leçon qu’un sermon, et les fidèles étaient encouragés à poser des questions. En fait, poser des questions était si central dans la méthode d’enseignement rabbinique que souvent le prédicateur-enseignant commençait son sermon en s’asseyant et en attendant que quelqu’un du public pose une question. » (5)

Aujourd’hui, dans les synagogues orthodoxes, durant l’office, les femmes sont séparées des hommes: ces dernières pratiquent leur culte dans un « ezrat nashim », un balcon ou un espace avec une cloison situé à côté ou derrière l’espace réservé aux hommes.

Ce changement a eu lieu au fil des siècles à cause de la baisse de niveau de spiritualité de la population parmi laquelle on constatait de plus en plus de débordements, notamment lors de certaines célébrations religieuses. C’est de là qu’est née cette réflexion sur la séparation des deux sexes afin d’éviter tous débordements et renforcer la concentration des fidèles. 

Or, les choses étaient considérablement différentes à l’époque de Yéchoua et des apôtres ! En effet, plusieurs historiens s’accordent à dire qu’au premier siècle de notre ère, il n’y avait pas de séparation entre les femmes et les hommes de la congrégation.

Par exemple, les ruines de plusieurs synagogues, comme celle de Massada (Ier siècle), démontrent qu’elles n’avaient qu’une seule entrée. Une entrée unique signifiait donc que les femmes se mélangeaient aux hommes en entrant et en sortant de la synagogue.

Plusieurs textes anciens attestent de la présence féminine au sein des synagogues, parmi eux, citons celui de l’historiographe juif, Flavius Joseph, ayant vécu au Ier siècle ap. J.-C. :

« Il a plu au conseil et au peuple … [qu’il soit permis aux Juifs] de se rassembler et de mener une vie conforme à leurs coutumes … et qu’il leur soit également accordé un lieu où ils pourront se rassembler avec leurs femmes et leurs enfants et faire les prières selon leurs lois ancestrales. » (6)

Flavius Joseph cite ici un décret des dirigeants de Sardes en Asie Mineure, datant de la fin du premier siècle avant l’ère commune et témoigne du fait que les femmes se rendaient à la synagogue et qu’elles prenaient très probablement part aux prières dans la synagogue de Sardes.

Toutefois, pour des raisons sociales, les femmes n’étaient pas autorisées à lire les Écritures en public. Dans le Talmud babylonien et la Tosefta (compilation de lois orales mises par écrit en l’an 200 ap. J.-C.), nous trouvons une première décision rabbinique déclarant : « Tous sont qualifiés pour être parmi les sept [qui lisent la Torah dans la synagogue le jour du Chabbat], même un mineur ou une femme ; cependant, les sages ont statué qu’une femme ne devait pas lire la Torah par respect pour la congrégation. » (7)

Peut-être Paul faisait-il référence à cela lorsqu’il demanda aux femmes de Corinthe de « se taire » et d’être soumises « selon que le dit aussi la loi » (1 Corinthiens 14 :34). De quelle « loi » parlait-il au juste, sachant que nulle part, dans les Saintes Écritures (la Torah), il n’est interdit aux femmes de prendre la parole lors d’une réunion ?

Certainement, Paul se référait à une « halakha » (règle de conduite qui guide la vie religieuse et civile des juifs pratiquants) de son temps, qui existait sous forme orale et qui plus tard a été mise par écrit dans le Talmud babylonien et la Tosefta.

En outre, les historiens déduisent, des lettres de Paul, qu’au Ier siècle, il était permis à chacun des fidèles (hommes et femmes) d’adresser la parole à l’assemblée dans le but de prier, de poser des questions ou de prophétiser à haute voix (1 Corinthiens 11 :4-5 ; 14 :26…). 

Or, dans l’assemblée de Corinthe, cela semblait poser problème. Rappelons-nous que Paul essayait d’y mettre de l’ordre, notamment lorsqu’il s’agissait du « don des langues étrangères » et celui de « prophétie ». Comme vu plus haut, dans les premières congrégations messianiques, conformément à la pratique juive, il était permis et coutumier d’interrompre le prédicateur pour lui poser des questions ou d’interrompre la personne qui était en train de prophétiser afin de juger, d’examiner ce qui était dit.

Très probablement, afin que tout se fasse dans l’ordre, Paul a jugé bon de prescrire quelques conditions à la gent féminine : par respect pour leur mari et par souci de ne pas perturber le service, les femmes devraient « se taire » et poser leurs questions à la maison au lieu de risquer de déshonorer leur époux et l’assemblée. 

En d’autres termes, comme vu précédemment, les femmes pouvaient prophétiser au sein d’une assemblée, mais elles devaient éviter de prendre la parole pour interrompre la prédication ou pour juger et/ou examiner les prophéties des autres (notamment si ces « autres » étaient des hommes), car cela leur ferait prendre une position d’autorité par rapport aux hommes. 

Et c’est bien là tout le nœud du problème ! Dans sa lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 14 :34-35), Paul aurait cherché à recadrer la conduite de certaines femmes qui semblaient prendre autorité sur les hommes en les interrompant dans leur prophétie ou en prenant la parole pour juger, examiner, questionner ce que ces derniers disaient.

La solution que propose donc l’apôtre à cette assemblée est que les femmes « se taisent » et questionnent leur mari à la maison, dans le cadre familial où leur époux, ainsi que les autres hommes, ne risqueraient pas de se sentir lésés ou humiliés aux yeux de toute la congrégation. 

Pour appuyer ce qui vient d’être exposé, faisons remarquer que le verbe « se taire », dans le passage qui nous intéresse (1 Corinthiens 14 :34), est le verbe grec « sigao » traduit en français par « se taire », « garder le silence », « cesser de parler » ou bien encore « se tenir en paix » (Strong 4601).

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’injonction de l’apôtre Paul – ayant été mis au courant du désordre qui régnait au sein de l’assemblée de Corinthe – demandant à la gent féminine de « se taire ». Ce terme aurait pu être traduit également par « tenez-vous en paix » afin de ne pas perturber la hiérarchie établie par Hachem (D.ieu) Lui-même au sein des êtres humains : « Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. » (1 Corinthiens 11 :3)

ou bien encore :

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur; car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Eglise, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l’Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leurs maris en toutes choses » (Éphésiens 5 :22-24) (Si D.ieu permet, nous ferons un jour une étude sur « la soumission de la femme envers son mari » pour mieux comprendre ce principe et voir qu’il est loin de dénigrer la gent féminine, bien au contraire !). 

1.4 Conclusion

En résumé, dans 1 Corinthiens 14, Paul traite d’une situation spécifique et locale : comment avoir de l’ordre au sein d’une assemblée indisciplinée qui fait usage de divers dons ? L’apôtre traite ici d’un problème localisé, il ne donne pas une loi universelle visant à interdire la parole des femmes au sein de toutes les assemblées.

La chronologie des versets nous a permis de voir que le silence demandé aux femmes serait directement lié au don de « prophétie ». En effet, comme on l’a observé (au point 1.2), les recommandations de Paul concernant la pratique du « don de prophétie » précèdent ses injonctions faites aux femmes de Corinthe, ce qui nous permet de conclure que l’apôtre Paul visait plutôt à recadrer la pratique du don de prophétie chez les femmes plutôt que leur prise de parole de façon générale. 

Comme on l’a développé (aux points 1.2 et 1.3), les femmes de Corinthe pouvaient prophétiser et prier en public sans pour autant être perçues comme agissant dans une position d’autorité ! Toutefois, et c’est là le point central de notre passage, pour une femme, juger publiquement la prophétie de quelqu’un d’autre comme étant erronée, comme n’étant pas digne d’être acceptée par l’assemblée, c’était en fait apparaître comme agissant en autorité. 

Cela est particulièrement vrai si une femme contestait la validité d’une prophétie faite par un homme. De plus, le simple fait qu’une femme pose des questions au prédicateur ou au prophète devant toute la congrégation, pourrait amener certains à conclure que cette dernière n’est pas d’accord avec la prédication ou la prophétie émises.

Ainsi, pour éviter toute confusion sur la question de l’autorité, Paul, dans sa lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 14 :34-35), ordonne aux femmes de garder le silence dans le domaine spécifique du jugement de la prophétie. Autrement dit, elles pouvaient émettre une prophétie, mais devaient éviter de juger celle des autres. 

L’apôtre Paul semble donc ici interdire aux femmes de juger, d’examiner ou de contester une prophétie en public, de peur qu’elles ne vexent ou humilient la gent masculine. C’est pourquoi, il leur est demandé de garder le silence dans ces situations précises. Si elles avaient des questions, des contestations, elles pouvaient les émettre à leur mari, à la maison. 

En définitive, la femme a la possibilité de prier et/ou prophétiser au sein d’une assemblée composée d’hommes et de femmes, en tenant compte, toutefois, de certaines conditions comme :

– Le port du voile (https://www.rencontrerdieu.com/project/le-port-du-voile-que-dit-la-bible/);

– L’interdiction d’interrompre ou de juger une prédication ou une prophétie faites par un homme si cela les amènerait à bafouer son autorité et/ou à lui manquer de respect.

 Le respect lié à l’autorité de la figure masculine, que cela soit celle d’un père (pour une femme célibataire) ou d’un mari (pour une femme mariée) est primordiale dans la pensée biblique, non pas que la femme leur soit « inférieure », que D.ieu préserve !

Tout est une question d’ordre, de hiérarchie, comme nous allons le découvrir plus en détails dans une prochaine étude, si D.ieu permet.

J’espère que cette première partie concernant la parole des femmes au sein des assemblées aura su apporter des éléments de réponse et vous aider à mieux comprendre les propos de l’apôtre Paul et à vous positionner face aux nombreuses autres explications que l’on peut souvent entendre. 

On se retrouve très bientôt pour la deuxième partie de cette étude qui sera consacrée à la question de « l’enseignement des femmes ». 

Que la Bonne Main de l’Éternel soit sur vous ! 

Sim’ha, Rédactrice pour le site RencontrerDieu au féminin

Références et notes

 

–       « Role of women in the messianic assembly » article en ligne de Tim Hegg.

–       « The Place of Women in First-century Synagogues: They were much more active in religious life than they are today », article en ligne de CBE International. 

–       « Answering Atheists: Can Women Speak in Church? (1 Corinthians 14:34-35) », vidéo Youtube de 119 Ministries. 

–       « Seperation : The origin of the women’s section in the synagogue », article en ligne de Chen Malul, The Librarians. 

[1] L’abbé Crampon était un prêtre catholique, chanoine de la cathédrale d’Amiens, ayant vécu au XIXe siècle. 

[2] Le Nouveau Testament, traduction de l’Abbé Crampon, introduction à la première lettre aux Corinthiens, pp. 451-423.

[3] Spiros Zodhiates cité dans “Tongues : An Exegetical Commentary on 1 Corinthians : 12-14”, page 26.

[4] Liddell, et al., A Greek-English Lexicon, 1692. 

[5] « The Eearly Church and Women’s Roles » 2002, CBE International. 

[6] Dans les Antiqués juives (XIV:10,24, paragraphes 259-261).

[7] Talmud babylonienMeguila 23 a ; Tosefta, Meguila 3:11

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3 Commentaires

  1. Renata

    Merci pour cet étude. DVB

    Réponse
  2. Brigitte

    Merci pour cette étude

    Réponse
  3. Miche

    MERCI ! C’est  »Éclairant »….enfin!
    Soyez Béni !

    Réponse

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